Le Carnet · Saison 0
Les assistants IA : les bases que j'aurais voulu lire avant de commencer
Ce qu'un assistant IA est vraiment, ce qu'il sait faire, ce qu'il ne sait pas — et le trou de mémoire qui décourage la plupart des débutants.
J'ai découvert ces outils comme la plupart de mes confrères : par hasard, parce qu'on en parlait partout.
J'ai ouvert un onglet. J'ai tapé une question technique de mon métier, un peu pour piéger la machine. Et la réponse m'a surpris — pas par son exactitude, mais par sa façon de raisonner à voix haute, de nuancer, de revenir sur elle-même. Ce n'était pas une base de données. C'était une conversation.
Puis j'ai passé des mois à tester méthodiquement, en notant ce qui marchait et surtout ce qui ratait. Voici les bases : celles que personne ne prend le temps de vous expliquer avant de vous vendre un outil.
Un assistant IA, qu'est-ce que c'est au fond ?
Ce n'est pas un moteur de recherche, et ce n'est pas une encyclopédie. C'est un système qui produit du texte plausible à partir de ce que vous lui donnez : il ne consulte pas une vérité, il prolonge votre demande de la façon la plus vraisemblable possible. La conséquence est double. La qualité de ce qui sort dépend d'abord de la qualité de ce que vous mettez dedans, et une réponse fausse sort avec exactement le même aplomb qu'une réponse juste.
Retenez l'image : vous n'interrogez pas une bibliothèque, vous dialoguez avec un rédacteur très rapide, très cultivé, très docile — et sans aucune conscience de ce qu'il ignore.
Claude, ChatGPT, Gemini, Le Chat : lequel faut-il choisir ?
Sur le geste qui vous intéresse au cabinet — rédiger, reformuler, structurer, résumer — les quatre font la même chose. Les différences relèvent du tempérament et de l'écosystème plus que de la nature : certaines maisons insistent sur la prudence et la retenue, d'autres sur la vitesse, d'autres encore sur l'intégration à une suite bureautique. Le meilleur outil pour vous est presque toujours celui que vous avez déjà sous la main.
Je suis ferme sur ce point, parce que j'ai vu beaucoup de temps perdu là : changer d'outil ne règle jamais un problème de formulation. Le praticien qui n'obtient rien de bon du premier n'obtiendra rien de bon du suivant.
Reste la question de la formule. Il existe des accès gratuits, utiles pour se faire une idée, et des formules payantes de quelques dizaines d'euros par mois, plus rapides et moins limitées. Je ne vous donnerai pas de calcul de rentabilité, ce serait malhonnête : ce que ça vous rapporte dépend entièrement des tâches que vous lui confiez, donc de votre méthode, pas de votre abonnement.
Ce qu'un assistant sait faire, et ce qu'il ne sait pas faire
C'est la distinction la plus utile de ce billet, et celle qui met le plus longtemps à s'installer.
Il est bon pour :
- reformuler, structurer, raccourcir, changer de registre selon le destinataire ;
- extraire l'essentiel d'un document long que vous n'auriez pas lu ;
- tenir un format imposé sans se lasser, la centième fois comme la première ;
- produire l'ébauche que vous n'aviez pas le courage de commencer ;
- vous poser les questions que vous auriez dû vous poser.
Il ne sait pas :
- connaître votre cabinet, vos habitudes, votre équipe, sauf si vous le lui dites ;
- accéder à votre logiciel métier ou à votre agenda, sauf connexion mise en place exprès ;
- garantir qu'un chiffre ou une référence qu'il cite existe vraiment ;
- reconnaître de façon fiable les limites de ce qu'il sait ;
- décider à votre place, ni porter la moindre part de votre responsabilité.
Sur ce dernier point, aucune ambiguïté n'est permise : un assistant n'a pas sa place dans une décision de soin. Il travaille sur l'administratif, l'organisationnel, l'écrit. Le jugement clinique et la responsabilité restent entiers, et ils sont à vous.
Est-ce qu'il se souvient de ce que je lui ai dit la dernière fois ?
Par défaut, non, et c'est le piège de débutant numéro un. Chaque nouvelle conversation repart très largement de zéro : l'outil ne sait pas que vous êtes chirurgien-dentiste, ni ce que vous lui avez patiemment expliqué hier. Certaines formules proposent des espaces de travail ou des mécanismes de mémoire, mais aucun ne se comporte comme un dossier qu'on rouvre.
Ce trou de mémoire produit deux erreurs symétriques, et j'ai fait les deux.
- On croit que l'outil s'est dégradé, alors qu'on a simplement ouvert une nouvelle fenêtre et abandonné en route tout le contexte qu'on avait donné.
- On tient pour acquis qu'une consigne posée la semaine dernière tient toujours, et on relit trop vite un résultat produit sans elle.
La conclusion pratique n'est pas « il faudrait plus de mémoire ». C'est : le contexte, c'est votre travail. C'est vous qui le fournissez, chaque fois, et c'est précisément là que se creuse l'écart entre le praticien qui trouve ça bluffant et celui qui trouve ça décevant.
Les pièges du premier mois
- Tester l'outil sur une question fermée à réponse unique. C'est le terrain où il est le plus faible et le moins utile. Vous le prenez en défaut, vous concluez qu'il ne vaut rien, vous fermez l'onglet.
- Commencer par une tâche que vous ne savez pas faire vous-même. Vous perdez alors le seul instrument de mesure dont vous disposiez : votre capacité à juger si le résultat est bon.
- Copier une sortie sans la relire. C'est vous qui signez, toujours. Aucun outil ne partage cette signature avec vous.
- Attendre l'outil parfait. Six mois d'attente, ce sont six mois sans apprentissage, et l'apprentissage est la seule chose qui ne se rattrape pas.
La règle que je n'ai jamais assouplie
Zéro donnée identifiante patient dans un outil en ligne non certifié pour l'hébergement de données de santé. Pas de nom, pas de numéro de sécurité sociale, pas de date de naissance exacte, pas d'adresse.
Le principe tient en une phrase : décrire la situation sans la personne, et se demander de quoi l'assistant a réellement besoin. Le plus souvent, de beaucoup moins que ce qu'on lui donne. Cette règle s'applique dès le premier essai, pas « plus tard, quand ce sera sérieux » : les habitudes qu'on prend en jouant sont celles qu'on garde ensuite.
Savoir ce qu'est un assistant, c'est le point de départ. Ce qui manque ensuite ne s'improvise pas : formuler une demande qui donne un résultat exploitable, juger une sortie en dix secondes, et choisir les deux ou trois tâches de votre semaine sur lesquelles commencer. C'est exactement ce que la formation installe avec vous, sur votre cabinet.