Le Carnet · Saison 0
La méthode du Carnet : ce que j'y publie, et ce que je n'y publierai pas
Un journal de bord, pas un mode d'emploi. La règle que je me donne, et pourquoi elle vous sert.
Les dix premiers billets du Carnet DentAIre sont en ligne. Avant d'écrire la suite, je veux poser la règle du jeu : ce que vous trouverez ici, et ce que vous n'y trouverez pas. C'est plus honnête de le dire une fois, clairement, que de vous laisser le découvrir billet après billet.
Je suis chirurgien-dentiste en exercice. Ce carnet est un journal de bord. Ce que j'y raconte, je l'ai fait — dans mon cabinet, ou avec un cabinet que j'accompagne. Et quand ça a raté, je le dis aussi : c'est souvent la partie la plus utile.
Qu'est-ce que « Le Carnet DentAIre », exactement ?
C'est la chronique d'un praticien qui installe des outils d'intelligence artificielle dans un vrai cabinet, avec les contraintes réelles : un agenda plein, une équipe humaine, des obligations réglementaires. Chaque billet part d'une situation précise, explique ce qui est en jeu, nomme les pièges et dit quand il vaut mieux s'abstenir. Ce n'est pas une revue de presse, pas une liste d'outils, pas un catalogue de nouveautés.
Pourquoi ce carnet ne donne-t-il pas les prompts ni les modes opératoires ?
Parce qu'une recette copiée sans le cadre qui va avec échoue en silence, et parce que la manipulation est justement la partie qui vieillit le plus vite. Le Carnet donne le pourquoi, le vocabulaire, les pièges et le critère de décision ; l'exécution pas à pas appartient à la formation, où quelqu'un regarde par-dessus votre épaule. C'est une frontière assumée, et je préfère l'annoncer que la laisser deviner.
Trois choses tiennent derrière cette règle. Un assistant vous répond du même ton assuré qu'il ait raison ou tort : sans le cadre pour juger la réponse, vous ne verrez pas l'erreur, vous la transmettrez. Les menus bougent, les libellés changent, les options se déplacent — un mode opératoire est périmé avant d'être lu, quand le raisonnement qui le justifie reste valable longtemps après. Et ce carnet prend du temps, un temps financé par la formation : autant vous dire où passe la frontière plutôt que de faire semblant de tout donner en ne donnant rien d'utilisable.
Ce qu'un billet doit vous laisser
- de quoi il s'agit, avec le vocabulaire pour en parler sans se faire embobiner ;
- pourquoi ça compte pour un cabinet, et ce que ça coûte de le faire mal ;
- les pièges de l'étape, avant que vous ne l'abordiez ;
- un critère de décision : y aller, attendre, ou renoncer.
Quand je retire une manipulation, je ne laisse pas un trou. Je mets à la place ce qu'il faut avoir compris avant de la tenter.
Faut-il un outil particulier pour lire le Carnet ?
Non, et c'est important. Les principaux assistants — Claude, ChatGPT, Gemini, Le Chat — font le même geste de fond : vous leur confiez une tâche de rédaction, de tri ou de reformulation, et vous gardez la décision. La compétence n'est pas dans l'outil, elle est dans la façon de formuler la demande et de vérifier ce qui revient. Le bon réflexe est de commencer avec celui que vous avez déjà, pas d'en acheter un de plus.
Les lignes que je ne franchis pas
Elles ne sont pas négociables et elles valent pour tout ce que je publie.
- Rien de clinique. J'écris sur l'organisation, l'administratif, la communication interne, la formation de l'équipe. Jamais sur une conduite de traitement, jamais sur un geste, jamais sur ce qu'il faudrait décider pour un patient. Un carnet public n'est pas le lieu.
- Pas de chiffre en l'air. Un chiffre n'apparaît ici que s'il concerne ma propre pratique et que je le dis à la première personne, ou s'il est publiquement sourcé. Pas de gain prêté à un confrère, pas de pourcentage décoratif, aucune promesse de retour sur investissement ni de patientèle.
- Les données patients restent dehors. Anonymisation avant tout traitement, relecture humaine avant tout envoi, aucune action automatique. Les données de santé sont « sensibles » au sens du RGPD : les obligations sont plus lourdes, et une fuite peut déclencher une notification à la CNIL.
- Pas de dénigrement. Je ne construis rien sur le dos d'un confrère ni d'un éditeur nommé.
Ce que les dix premiers billets ont posé
Cinq acquis, et c'est le vrai contenu du Carnet :
- ce qu'est un assistant, et surtout ce qu'il n'est pas ;
- pourquoi une demande mal cadrée produit une réponse fausse mais crédible, et à quoi ça se repère ;
- ce que change le fait de brancher un assistant sur une source extérieure, et le risque que cela ouvre quand un contenu lu devient une instruction suivie ;
- la différence entre un bac à sable où l'on essaie et un usage qui tourne pour de vrai, devant un patient ou une équipe ;
- où se situent les limites déontologiques et réglementaires — avant de commencer, pas après.
C'est le socle. Sans lui, tout le reste se copie mal.
Sur quoi j'écrirai ensuite
Trois terrains, dans cet ordre, parce que c'est celui qui tient debout.
Le quotidien administratif d'abord : répétitif, sans enjeu clinique, et c'est là qu'on apprend à juger une réponse sans rien risquer. L'équipe ensuite, où l'obstacle n'est jamais technique — un outil que l'assistante ne s'approprie pas meurt en trois semaines, et j'ai fait cette erreur avant de la comprendre. Le pilotage enfin : regarder son cabinet comme un système, avec des indicateurs qu'on comprend au lieu de les subir.
Ce n'est pas un programme et je n'annonce pas de calendrier. J'écris quand j'ai quelque chose de vécu à raconter, pas pour remplir une case.
Comment je décide qu'un sujet mérite un billet ?
Une seule condition : je l'ai fait moi-même, avec une date et un résultat, et je peux dire ce qui a coincé. Une démonstration vue ailleurs ne suffit pas, une capture d'écran impressionnante encore moins. C'est le seul actif qu'on ne peut pas me copier, et c'est aussi ce qui vous permet de me croire quand j'écris qu'une chose ne marche pas.
Reste l'exécution. Savoir pourquoi une chose compte ne dit ni dans quel ordre la mettre en place, ni comment vérifier qu'elle ne vous lâchera pas un mardi matin. C'est précisément ce que la formation installe avec vous, dans votre cabinet, avec l'assistant que vous utilisez déjà.