Le Carnet · Saison 0

Créer son premier agent au cabinet : commencez plus petit que vous ne le pensez

Un agent n'attend pas vos questions : il agit. C'est toute la différence — et tout le risque.

Par Dr Fakhreddine TighzaPublié le 5 min de lecture

Le mot « agent » fait peur. On imagine du code, un abonnement de plus, une usine à gaz qu'on ne saura pas réparer. La réalité est plus banale — et le vrai obstacle n'est pas technique.

Mon premier agent a été un échec. Pas une panne : une erreur de conception. Je lui avais confié une tâche trop large, sans jamais lui dire à quoi ressemblait un bon résultat. Il m'a rendu quelque chose de plausible, propre, bien mis en forme — et faux pour moitié. J'ai mis plusieurs jours à m'en apercevoir, justement parce que c'était bien écrit.

C'est cet échec qui m'a appris tout ce qui suit.

Un agent, qu'est-ce que c'est exactement ?

Un assistant répond ; un agent agit. L'assistant attend votre question et vous rend du texte. L'agent est déclenché par un événement, va chercher lui-même la matière dont il a besoin, et produit un résultat sans que vous soyez derrière lui. Vous ne lui parlez plus : vous lui confiez un bout de votre organisation.

Il y a donc trois choses à décider, et aucune n'est informatique :

  • Le déclencheur — qu'est-ce qui le réveille ? Une heure fixe, l'arrivée d'un document, votre demande.
  • L'accès — que peut-il regarder ? La décision la plus lourde de conséquences, et celle qu'on prend le plus vite, distraitement.
  • Le périmètre — que peut-il faire du résultat ? Vous le montrer, le préparer, ou l'envoyer.

Pourquoi cette nuance change tout

Un assistant qui se trompe vous coûte deux minutes : vous voyez l'erreur, vous reformulez. Un agent qui se trompe le fait en silence, à heure fixe, sur du travail que vous n'avez pas relu. L'erreur ne coûte pas plus cher — elle se répète, et personne n'est là pour la voir.

Un agent se juge donc moins à ce qu'il produit qu'à votre capacité à repérer le jour où il déraille.

Pourquoi mon premier agent doit-il être minuscule ?

Parce que ce que vous testez au départ, ce n'est pas l'outil : c'est vous. Votre capacité à décrire une routine que vous n'avez jamais écrite, et à juger une sortie sans y passer plus de temps que la tâche elle-même. Un agent minuscule — un déclencheur, une source, une forme de résultat, un critère de réussite — vous donne cette réponse en une semaine. Un agent ambitieux vous la donne en trois mois.

Il y a un deuxième bénéfice, moins attendu. Pour confier une tâche, il faut la formuler. Et en la formulant, on découvre que la moitié des règles qu'on suit tous les jours n'existaient nulle part : ni écrites, ni transmises, ni tout à fait les mêmes selon les jours. Dans mon cas, c'est ça qui a eu le plus de valeur : pas l'agent, la mise à plat qu'il a rendue obligatoire.

Un agent minuscule que vous gardez vaut mieux qu'un agent impressionnant que vous abandonnez au bout de dix jours.

Les erreurs qui font échouer un premier agent

Ce sont presque toujours les mêmes, et aucune n'est technique.

  • Choisir une tâche que vous ne faites pas vous-même. Vous ne saurez pas juger la sortie. Prenez un geste que vous connaissez par cœur.
  • Choisir une tâche rare. À une fois par mois, il vous faudra un an pour corriger le tir. Prenez ce qui revient chaque semaine.
  • Ne pas définir ce qu'est un bon résultat. Le piège central : sans critère écrit à l'avance, tout résultat bien présenté passe pour un bon résultat.
  • Confondre « bien écrit » et « juste ». Un texte fluide et faux est plus dangereux qu'un texte maladroit et exact. Vérifiez les faits, pas la forme.
  • Lui demander de deviner votre contexte. Un agent qui ne sait rien de votre cabinet en inventera un — la moyenne de tous les cabinets. Vous conclurez à tort que l'outil ne vaut rien.
  • Arrêter de relire parce que les trois premières sorties étaient bonnes. C'est là que la dérive commence, et elle est indolore.
  • Empiler. Dès que ça marche, on veut ajouter une mission. Chaque ajout multiplie les façons d'échouer. Faites un deuxième agent, pas un agent deux fois plus gros.

Jusqu'où laisser un agent agir seul ?

Voyez ça comme une échelle à trois barreaux, et ne montez d'un barreau que quand le précédent est devenu ennuyeux depuis plusieurs semaines. Un agent qui vous surprend encore n'est pas prêt à gagner en autonomie.

  • Il propose. Il montre, vous décidez tout. Le seul barreau sans aucun risque.
  • Il prépare, vous validez. Rien ne sort sans votre lecture. La plupart des agents utiles d'un cabinet peuvent rester ici pour toujours.
  • Il agit seul sur des gestes internes et réversibles. Classer, résumer, préparer une liste. Si c'est faux, on défait. Il n'y a pas de barreau au-dessus.

Deux choses ne montent jamais l'échelle, quel que soit le temps passé :

  • tout ce qui relève d'un jugement clinique, y compris hiérarchiser l'urgence d'une demande de patient. Ce n'est délégable ni à un logiciel, ni à un agent ;
  • tout ce qui part au nom du cabinet sans qu'un humain l'ait lu.

Les garde-fous, eux, ne se discutent pas

  • La responsabilité reste la vôtre, entièrement. Un agent ne signe rien et ne répond de rien. « C'est l'outil qui l'a écrit » n'existe pas.
  • Aucune donnée identifiante de patient dans un outil qui n'est pas prévu pour en héberger. Un agent qui travaille sur des éléments anonymisés reste utile ; un agent branché sur le dossier patient est un autre sujet, avec d'autres obligations.
  • Gardez une trace de ce qu'il a fait. Un agent dont vous ne pouvez pas relire l'historique est un agent que vous ne pouvez pas auditer.
  • Il doit pouvoir être arrêté en dix secondes. Si l'éteindre demande de comprendre comment il a été monté, il ne fallait pas le lancer.

Comment savoir si le premier agent a marché ?

Le test honnête n'est pas « est-ce que le résultat est joli ». C'est : s'il s'arrêtait demain matin sans prévenir, est-ce que vous le remarqueriez ? Si oui, il a trouvé sa place. Si non, ce n'était pas la bonne tâche — et c'est l'information que vous étiez venu chercher.

Comprendre ce qu'est un agent prend dix minutes. Choisir la bonne première tâche, écrire son critère de réussite et régler le niveau de contrôle, c'est un autre métier — et c'est ce qu'on installe avec vous dans la formation, sur votre cabinet.

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