Le Carnet · Saison 0

Pourquoi l'IA vous répond à côté

Ce qui sépare une demande utile d'une perte de temps — et les signes qui trahissent un mauvais résultat avant que vous ne l'envoyiez.

Par Dr Fakhreddine TighzaPublié le 5 min de lecture

Mes premières semaines avec un assistant IA ont été un gâchis. Je tapais une demande de deux lignes, je lisais la réponse, je la trouvais tiède, je refermais l'onglet. Deux jours plus tard je recommençais — avec une demande aussi courte. J'ai mis du temps à admettre que le problème n'était pas l'outil.

Ce qui me manquait n'était pas une astuce, c'était de la matière : ce que je donnais ne suffisait pas pour produire quelque chose d'utilisable dans un cabinet.

Un exemple daté, parce que c'est le seul qui compte. En mars, je devais écrire à un prestataire pour contester une facture de maintenance. J'ai demandé « un mail ferme mais courtois ». J'ai reçu un texte impeccable qui ne mentionnait ni le contrat, ni la date de l'intervention, ni ce que je réclamais — je ne les avais pas donnés. J'ai recommencé trois fois en changeant le ton, avant de comprendre que le ton n'était pas le problème : je n'avais fourni aucun fait.

Pourquoi l'IA me répond-elle à côté ?

Parce qu'elle ne sait rien de vous tant que vous ne le lui avez pas dit. Elle ignore votre cadre d'exercice, la personne à qui votre texte est destiné, le ton de votre cabinet, et ce que vous refusez absolument de voir apparaître dans le résultat. Quand une information manque, elle ne s'arrête pas pour vous la demander : elle comble le vide avec la moyenne de tout ce qu'elle a lu. Une réponse « à côté » est presque toujours la bonne réponse à une question plus vague que celle que vous aviez en tête.

Les quatre manques qui reviennent tout le temps

Quand une demande échoue, c'est presque toujours l'un de ces quatre éléments qui manquait.

  • À qui elle parle. Tant que l'assistant ne sait pas pour qui il écrit — un confrère, un patient inquiet, une nouvelle assistante, un organisme — il choisit un registre au hasard. C'est le premier réglage, et le plus rentable.
  • Le contexte. Pas le contexte général : le vôtre. La situation précise, ce qui a déjà été dit, ce qui a déjà été décidé. Sans lui, vous obtenez un texte qui pourrait servir à n'importe quel cabinet de France.
  • Le format attendu. Un paragraphe, une liste, un tableau, une page, trois phrases. Tant que vous ne le dites pas, l'assistant produit la forme la plus probable — rarement celle qui vous arrangeait.
  • Un exemple. Un seul texte que vous jugez réussi en dit plus long sur vos attentes que dix lignes de consignes. C'est l'élément que l'on oublie le plus souvent.

Ces quatre points ne sont pas une formule magique : c'est ce que vous faites déjà quand vous briefez une remplaçante. Vous lui dites qui va lire, ce qu'il faut savoir, sous quelle forme vous voulez le rendu, et vous montrez un exemple de la dernière fois.

Comment reconnaître un mauvais résultat ?

Un mauvais résultat n'a presque jamais l'air mauvais. Il est bien écrit, fluide, plausible — et vide. Le test le plus fiable tient en une question : ce texte aurait-il pu être produit sans rien savoir de ma situation ? Si la réponse est oui, il est à jeter, quelle que soit son élégance.

Les signes qui ne trompent pas :

  • rien de ce que vous avez fourni ne se retrouve dans le résultat ;
  • un détail surgit que vous n'avez pas donné — un chiffre, une référence, un nom, une date. Traitez-le comme faux jusqu'à vérification ;
  • le ton n'est pas le vôtre. Vos patients le sentiront avant vous ;
  • la réponse est deux fois plus longue que nécessaire : c'est souvent qu'elle brode ;
  • elle affirme sans nuance ce que vous auriez nuancé.

Faut-il tout recommencer quand la réponse est mauvaise ?

Non, et c'est là que se perd le plus de temps. Le réflexe naturel est de refermer la fenêtre et de repartir de zéro, alors que corriger dans la conversation en cours ne coûte presque rien : le contexte y est déjà. Dire ce qui ne convient pas, et ce que vous attendiez à la place, est presque toujours plus rapide que réécrire la demande.

La nuance : une conversation qui a trop dérivé traîne ses erreurs derrière elle. Quand vous en êtes à corriger la correction, mieux vaut repartir propre — mais en réutilisant ce que l'échec vous a appris.

Ce qui coûte du temps sans qu'on le voie

  • Tout demander d'un coup. Une demande qui poursuit cinq objectifs produit cinq résultats médiocres.
  • La conversation-fleuve. Plus elle s'allonge, plus l'assistant s'accroche à ses propres réponses précédentes, y compris aux mauvaises.
  • Corriger à la main. Retoucher soi-même un premier jet prend presque toujours plus de temps que de dire à l'assistant ce qui ne va pas.
  • Refaire le contexte à chaque fois. Si vous réexpliquez chaque semaine qui vous êtes et comment vous écrivez, vous payez deux fois : en temps, et en quota.

Car il y a un coût réel. Chaque essai consomme votre forfait, quel que soit l'assistant. Les praticiens qui n'ont plus rien au milieu du mois sont rarement ceux qui travaillent le plus : ce sont ceux qui recommencent le plus.

Le garde-fou qui ne se négocie pas

Aucune donnée identifiante de patient dans un assistant grand public. Rien qui permette de remonter à une personne : ni son identité, ni sa date de naissance, ni un numéro qui la désigne. C'est un réflexe à installer avant tout le reste, pas une précaution à ajouter plus tard.

Deux principes que je m'applique. L'assistant prépare, je valide : rien ne sort du cabinet sans que je l'aie lu en entier. Et il reste du côté administratif et organisationnel — la décision clinique ne se délègue pas, et la responsabilité de ce que je signe reste entière.

Quand s'abstenir

  • Quand vous ne savez pas vous-même à quoi ressemblerait un bon résultat : vous ne pourrez pas juger le sien.
  • Quand vous n'avez pas le temps de relire. Pas de relecture, pas d'envoi.
  • Quand il vous faudrait une source que vous puissiez citer, et que vous n'en avez aucune.
  • Quand le sujet ne peut pas être anonymisé.

Savoir formuler une demande, c'est le socle. Ce qui vient ensuite est plus exigeant : repérer dans votre semaine les situations qui méritent ce détour, et installer une bonne fois le contexte de votre cabinet. C'est ce travail-là que la formation fait avec vous, sur vos propres situations.

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